Dans la forêt, surtout au crépuscule ou la nuit, on peut entendre de nombreux sons susceptibles de provoquer de l’inquiétude ou l’envie d’aider. L’un des plus effrayants et trompeurs à la fois est un cri rappelant les pleurs d’un nourrisson ou d’un jeune enfant. Chez une personne entendant cela au cœur de la forêt, l’instinct se déclenche : il faut trouver et sauver l’enfant. Cependant, dans la plupart des cas, ce son n’a rien à voir avec un être humain. Y aller n’est pas seulement inutile, mais aussi potentiellement dangereux.
Le plus souvent, la source de ce son glaçant est un animal en détresse ou qui se défend, lui ou sa progéniture. Dans les forêts d’Europe, de Sibérie et d’Amérique du Nord, le lièvre d’Europe (lièvre brun) est célèbre pour un tel cri, très similaire à des pleurs d’enfant, ainsi que ses proches parents, les lapins. Lorsqu’un lièvre se retrouve entre les pattes ou les serres d’un prédateur (renard, lynx, chouette, grand oiseau de proie), il émet un cri perçant, aigu et désespéré, le fameux « cri de mort ». Ce son est une dernière tentative instinctive pour effrayer l’agresseur ou appeler à l’aide d’autres lièvres. Pour l’oreille humaine, il imite de façon étonnamment précise les pleurs d’un enfant.
Mais il n’y a pas que les lièvres. D’autres animaux peuvent émettre des sons similaires. Par exemple, les renards pendant la saison des amours ou lors de conflits émettent des cris stridents et grinçants qui, dans le silence de la nuit, peuvent être interprétés comme humains. Certaines espèces de chouettes, comme la chouette hulotte, ont également dans leur répertoire des sons traînants et plaintifs. En se dirigeant vers un tel appel, une personne risque non pas de « sauver un enfant », mais de se retrouver soudainement face à un prédateur en plein repas ou en pleine chasse. Une telle rencontre peut être dangereuse, car un animal blessé ou défendant sa proie peut se montrer agressif.
Ainsi, décider de se diriger vers des « pleurs d’enfant » dans la forêt est un risque direct pour la personne elle-même. Au lieu d’aider, on peut rencontrer un prédateur qui peut percevoir l’homme comme une menace ou un concurrent. De plus, le simple fait de s’approcher peut effrayer le prédateur, mais aussi laisser l’animal blessé sans aucune chance de terminer la situation naturellement. La nature vit selon ses propres lois, parfois cruelles mais équilibrées, et l’intervention humaine profite rarement aux habitants sauvages de la forêt.
Que faire alors si vous entendez un tel son dans la forêt ? La règle principale est de s’arrêter, d’évaluer la situation et de ne pas céder à la première impulsion. Écoutez attentivement : de vrais pleurs d’enfant au plus profond de la forêt sont extrêmement improbables. Il est bien plus probable que vous entendiez la voix d’un animal sauvage. La solution la plus sûre est de quitter les lieux lentement et le plus silencieusement possible, sans attirer l’attention sur vous.